Traitement arthroscopique

Ligamentoplastie du LCA : reconstruction du ligament croisé antérieur

Chirurgie arthroscopique pour restaurer la stabilité du genou après rupture du ligament croisé antérieur

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est l'une des lésions les plus fréquentes du genou du sportif. Elle perturbe la stabilité rotatoire et antéro-postérieure de l'articulation et expose, à moyen terme, au risque de lésions méniscales, cartilagineuses puis d'arthrose.

Lorsque la chirurgie est indiquée, la ligamentoplastie reconstruit le ligament rompu à l'aide d'un greffon tendineux, fixé dans des tunnels osseux fémoral et tibial sous contrôle arthroscopique. L'objectif est de retrouver un genou stable et de permettre une reprise sportive encadrée.

À l'Institut du Genou, chaque indication est discutée individuellement selon votre âge, votre activité, votre instabilité et l'état du ménisque et du cartilage. Le parcours RAAC (Récupération Améliorée Après Chirurgie) permet le plus souvent une hospitalisation brève ou ambulatoire.

Anatomie : le ligament croisé antérieur et le LCP

Le LCA est un ligament intra-articulaire tendu entre le fémur et le tibia. Il mesure environ quatre centimètres de long pour un centimètre de large et se compose de deux faisceaux : antéro-médial (AM) et postéro-latéral (PL).

Avec le ligament croisé postérieur (LCP), il constitue le pivot central du genou. Il limite la translation du tibia en avant du fémur — le « tiroir antérieur » — et participe à la stabilité en rotation lors des pivots et changements de direction.

Lorsqu'il est rompu, le genou devient laxe. Le patient décrit le plus souvent une sensation de genou qui « lâche », « dérobe » ou « part » lors des appuis en pivot.

Schéma du genou : ligament croisé antérieur (LCA) et ligament croisé postérieur (LCP)
Schéma du genou : ligament croisé antérieur (LCA) et ligament croisé postérieur (LCP)

Comment se produit une rupture du LCA ?

La rupture survient le plus souvent lors d'un traumatisme sportif : genou fléchi, pivot ou valgus brutal. Les disciplines à pivot et à contact sont les plus concernées :

  • football et rugby ;
  • ski et sports de glisse ;
  • basketball et handball ;
  • tennis et sports de raquette avec pivots.

Un choc direct ou une entorse grave peuvent également en être responsables. L'examen clinique recherche un tiroir antérieur, un Lachman ou un pivot positif. L'IRM confirme la rupture et explore les lésions associées (ménisque, cartilage, autres ligaments).

Rupture du LCA : coupes IRM et vue arthroscopique de la lésion ligamentaire
Rupture du LCA : coupes IRM et vue arthroscopique de la lésion ligamentaire

Quelles conséquences si le genou reste instable ?

Une rupture de LCA non compensée par une rééducation efficace, ou non reconstruite lorsque l'indication est posée, expose à :

  • une instabilité fonctionnelle persistante ;
  • des lésions méniscales, notamment en anse de seau chez le sujet jeune ;
  • des lésions cartilagineuses par contraintes anormales ;
  • à long terme, une arthrose du genou.

La prise en charge vise précisément à limiter ces complications en restaurant la stabilité et en protégeant le ménisque et le cartilage.

Traitement initial : que faire dans les premières semaines ?

Dès la rupture, le traitement médical vise à calmer la douleur et l'inflammation, puis à restaurer l'amplitude articulaire et la force musculaire. Cette phase est indispensable avant toute décision chirurgicale.

Elle associe le plus souvent antalgiques et anti-inflammatoires, cryothérapie, attelle si nécessaire, et kinésithérapie ciblée sur le quadriceps et les ischio-jambiers.

Chez un patient peu sportif, sans instabilité au quotidien, cette prise en charge peut parfois suffire. Chez un sujet jeune, actif ou instable, la ligamentoplastie sera le plus souvent discutée.

Quand proposer une ligamentoplastie ?

L'indication opératoire n'est pas automatique. Elle repose sur :

  • votre âge et votre niveau d'activité ;
  • votre activité sportive actuelle ou souhaitée ;
  • votre profession et ses contraintes mécaniques ;
  • l'instabilité ressentie au quotidien ou à la reprise sportive ;
  • l'existence de lésions associées (ménisque, cartilage).

L'intervention est habituellement programmée à distance du traumatisme — au minimum trois semaines — le temps que l'inflammation diminue et que le genou retrouve une bonne mobilité. En cas de lésion méniscale bloquante, la chirurgie peut être avancée.

Préparation à la chirurgie

La consultation d'anesthésie fait le point sur vos antécédents et permet de choisir la technique anesthésique — l'anesthésie générale est la plus fréquente.

L'arrêt du tabac améliore la cicatrisation du greffon et diminue les risques thromboemboliques et infectieux.

Un protocole de préhabilitation vous est remis : travail des amplitudes, renforcement musculaire et marche sans boiterie. Un genou mobile et musclé avant l'intervention facilite nettement la récupération.

Hospitalisation et parcours RAAC

L'hospitalisation dure le plus souvent une nuit à la Clinique Tivoli-Ducos. Grâce au parcours RAAC, de nombreuses ligamentoplasties sont réalisées en ambulatoire, avec retour à domicile le jour même ou le lendemain.

Ce protocole repose sur une préparation optimisée, une gestion multimodale de la douleur, une mobilisation précoce et un suivi kinésithérapique organisé dès la sortie.

Comment se déroule la ligamentoplastie ?

L'intervention est réalisée sous arthroscopie, par de petites incisions et contrôle caméra. Un greffon tendineux — autogreffe le plus souvent — remplace le ligament rompu.

À l'Institut du Genou, la technique TLS (Transplantation Ligamentaire Semitendineuse) est privilégiée : elle utilise un seul tendon, le demi-tendineux, contrairement à la technique historique du DIDT qui mobilise deux tendons. Cette approche limite la morbidité au site de prélèvement tout en offrant une excellente résistance mécanique.

Des tunnels osseux sont creusés dans le fémur et le tibia pour y passer et tendre le greffon. La fixation repose sur des vis d'interférence en titane (radio-opaques) ou en PEEK (radiotransparentes), selon la qualité osseuse. Les sutures cutanées sont le plus souvent réalisées avec des fils résorbables pour une cicatrice discrète.

Autogreffe de LCA selon la technique TLS (demi-tendineux quadruplé) : schéma du greffon et des fixations
Autogreffe de LCA selon la technique TLS (demi-tendineux quadruplé) : schéma du greffon et des fixations

Suites opératoires immédiates

Dès le retour au service, vous reprenez vos propres affaires et prenez votre premier repas assis au fauteuil. Le premier levé a lieu l'après-midi même de la chirurgie.

Dans le cadre du protocole RAAC, l'appui total est autorisé dès cette phase, sous couvert de cannes anglaises pour le confort et l'équilibre. Les suites comprennent :

  • des antalgiques adaptés à votre douleur ;
  • une cryothérapie locale (environ trente minutes toutes les deux heures) ;
  • une anticoagulation préventive pendant dix jours ;
  • un début immédiat de la rééducation, poursuivi en ville (au moins quatre séances par semaine) ou en centre selon votre situation ;
  • un protocole détaillé remis à la sortie, couvrant les six premiers mois.

Un arrêt de travail peut être prescrit selon votre profession, en général entre un et trois mois.

Rééducation et reprise de la marche

La rééducation conditionne le résultat final. Elle débute le jour de l'intervention et s'étale sur six à neuf mois, parfois jusqu'à un an pour les sports à pivot.

Les premières semaines visent à contrôler l'inflammation, retrouver flexion et extension, puis renforcer progressivement quadriceps et ischio-jambiers. Le sevrage des cannes intervient en moyenne vers quinze jours à un mois.

La conduite redevient possible dès l'abandon des cannes, en général entre deux et quatre semaines, lorsque vous freinez et accélérez correctement.

Reprise des activités sportives

La reprise sportive est progressive et validée lors des consultations de contrôle. Le calendrier indicatif habituel est le suivant :

  • à partir de 15 jours : sevrage des cannes, marche sans attelle ;
  • à partir du 3e mois : vélo sur terrain plat et natation ;
  • à partir du 4e mois : reprise de la course sur terrain plat ;
  • à partir du 6e mois : sports pivots sans contact (tennis, basket), selon la récupération musculaire ;
  • à partir du 9e mois : reprise de l'ensemble des sports autorisés (football, rugby, ski…), après validation clinique.

Une reprise trop précoce des sports à pivot augmente le risque de re-rupture. Des tests fonctionnels (isocinétisme, sauts, proprioception) et l'avis de votre chirurgien valident chaque étape.

Suivi postopératoire

En l'absence d'anomalie dans le programme de rééducation, des consultations sont programmées au 30e jour, puis au 3e, au 6e mois et à un an.

Ces rendez-vous permettent d'évaluer la stabilité, la mobilité, la force musculaire et d'adapter la reprise sportive. Signalez toute douleur inhabituelle, gonflement persistant ou sensation d'instabilité entre deux consultations.

Complications possibles

Comme pour toute chirurgie du genou, des complications peuvent survenir. Elles restent globalement exceptionnelles.

Infection : complication grave mais rare, traitée le plus souvent par lavage articulaire et antibiothérapie prolongée. Le risque est majoré en cas de diabète, surpoids, tabagisme, alcool ou immunosuppression.

Hématome postopératoire : rare ; son évacuation chirurgicale est exceptionnelle.

Phlébite et embolie pulmonaire : prévenues par mobilisation précoce, bas de contention et anticoagulation préventive.

Syndrome des loges : complication grave mais exceptionnelle, nécessitant une prise en charge chirurgicale en urgence.

Algodystrophie et lésions vasculo-nerveuses : complications rares nécessitant une prise en charge spécialisée.

Chirurgie ou rééducation seule : que retenir ?

Toutes les ruptures de LCA ne nécessitent pas une ligamentoplastie. Chez un patient sédentaire, stable au quotidien, une rééducation renforcée peut suffire.

En revanche, chez un patient jeune, sportif ou instable, la reconstruction vise à protéger le ménisque et le cartilage et à permettre une reprise sportive sécurisée.

Pour le mécanisme lésionnel et le diagnostic, consultez notre page sur la rupture du LCA. Pour le détail du parcours postopératoire, notre FAQ dédiée complète ces informations.

Informations médicales rédigées ou validées par des chirurgiens orthopédistes spécialisés dans la chirurgie du genou à Bordeaux. Elles ne remplacent pas une consultation personnalisée.